Les Vertus du Capitalisme

Comment est né le capitalisme?

Le capitalisme n’est pas né le 10 novembre 1494, même si cette date est importante. Cette « vision du monde », cette idéologie, ou méthode d’organisation sociale est une découverte très ancienne. Réflexions de Jean C. Baudet, philosophe.

Dans l’esprit fruste du chasseur du Paléolithique, déjà, a dû germer l’idée qu’il est préférable d’avoir deux morceaux de viande plutôt qu’un seul. Et c’est l’idée fondatrice du capitalisme: l’abondance des biens est souhaitable. C’est un but dans la vie, si vivre est le but de l’existence. Car on ne vit pas de rien. Et c’est pourquoi, depuis le Paléolithique jusqu’à nos jours, des hommes (des capitalistes) ont tenté d’accumuler des richesses.

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Mais l’idée de la bonté des biens matériels (nourritures, vêtements…) n’est encore que l’embryon du capitalisme. Il faut que cette idée, confuse à ses débuts, devienne claire et distincte pour que le capitalisme se développe. Quand l’idée d’accumulation de biens est acquise, il faut que l’on puisse constater cette accumulation, surveiller si elle augmente ou diminue, bref, il faut une « mesure », c’est-à-dire une prise de conscience aboutie jusqu’à la mise en place d’un système de contrôle, qui est la comptabilité.

La naissance de la comptabilité est très ancienne. Elle apparaît au VIIe millénaire avant notre ère, avec l’invention des jetons en argile, révélés par l’archéologie, qui représentent des biens et des quantités (des nombres), lointains ancêtres de l’écriture. L’homme a écrit des comptes avant d’écrire des contes! L’invention du capitalisme, c’est aussi bien l’invention du nombre, cette découverte que le nombre est un outil de prospérité!

Il ne faut pas s’étonner de ce rapport historique entre capitalisme et arithmétique: ce ne sont que deux aspects de la même rationalité.

Avec profit ou par la force

Donc, première étape: comprendre la valeur des choses.

Deuxième étape: mettre ces choses en rapport avec des nombres.

Troisième étape: trouver les actes qu’il faut poser pour que l’accumulation de biens soit positive. Cette troisième étape est acquise quand l’on aura compris que l’échange peut être réalisé avec profit. Si je parviens à échanger quelque chose (moutons ou bœufs, armes ou outils, peu importe…) qui vaut A contre quelque chose qui vaut B, j’ai réalisé un bénéfice si B est supérieur à A. Les premiers hommes comprirent quelque chose d’encore plus simple. Plutôt que de donner A contre B, je peux prendre B, par la force ou la ruse. Cela s’appelle le vol. C’est différent du capitalisme. Mais ça réussit parfois mieux.

Les grands empires de la fin du Néolithique (Egypte, Sumer…), la Grèce, l’Empire romain furent basés sur le capitalisme. Celui-ci fut anéanti par les Barbares, qui trouvaient le vol plus expéditif. Le Moyen âge a résulté de la fin du capitalisme. Les échanges diminuèrent considérablement, la production chuta dans tous les secteurs, la consommation fut misérable, sauf chez les nobles, descendants des chefs barbares, qui avaient pour système économique la confiscation pure et simple.

En Italie

Les progrès techniques du Moyen âge, lentement, vont permettre à l’activité économique de reprendre, c’est-à-dire au capitalisme de réapparaître, et même de se perfectionner par rapport à ce qu’il fut pendant l’Antiquité.

Il faut insister, car on l’oublie trop souvent: le capitalisme est presque aussi vieux que l’homme.

La reprise de l’activité économique, la réapparition du capitalisme, eut d’abord lieu dans les républiques italiennes, à Venise, à Florence, à Gênes… L’on comprend que ces cités étaient intéressées par les questions de numération et de comptage, et qu’elles adoptèrent les chiffres arabes d’origine indienne. Ce système de chiffres décimaux fut introduit en Occident par Léonard de Pise, en 1202.

Comptabilité secrète

De 1202 à 1494, les commerçants italiens vont perfectionner leur système de comptabilité, souvent dans le plus grand secret, car l’utilisation d’un bon système comptable est un avantage dans les affaires. C’est ainsi que, quand le capitalisme se répandra hors d’Italie, les Italiens conserveront une avance pour la tenue des comptes.

Mais bientôt leur système, la comptabilité à l’italienne, sera connu par d’autres, et en 1494, ce système, que l’on appelle aussi la comptabilité en partie double, n’est plus un secret.

Cette année-là, le 10 novembre, Luca Pacioli publie, à Venise, un livre « Summa de arithmetica, geometria, proportioni et proportionalita ». Dans cet ouvrage se trouve le premier exposé connu de la comptabilité en partie double. Non seulement chaque compte comporte deux colonnes (recettes, dépenses), mais chaque opération est notée par une double écriture.

Luca Pacioli était un moine franciscain, né vers 1445 à Borgo Sansepolcro, et qui meurt à Rome en 1517. Il a aussi publié, en 1509, un livre intitulé « Divina proportione ». La « proportion divine » est un rapport considéré comme à la base de toutes les beautés, que nous appelons aujourd’hui le « nombre d’or ».

Cet ouvrage est agrémenté de beaux dessins dus à Léonard de Vinci. Décidément, il doit y avoir « quelque chose » qui relie le capitalisme, l’arithmétique et… la beauté.

source echo juin10

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